Résumé du rapport de gendarmerie
Le 20 février 1943, vers 22h30, un attentat par explosif a été commis dans le couloir de l'immeuble sis n°12 rue de Keriavily à Lannion, cet immeuble sert de maison de tolérance ouverte seulement aux militaires de l'armée d'occupation.
L'engin explosif a été placé au pied du mur à droite en entrant dans le couloir et derrière la deuxième porte.
Par suite de l'explosion, une certaine quantité de plâtre s'est détachée du plafond, des vitres sont brisées. Sur le sol aucun débris de l'engin, ceux-ci ayant été ramassés au préalable par la Feldgendarmerie. Il n'y a eu aucun blessé.
D'après le gérant de la maison de tolérance Mr Robert Viallaud :
"Vers 22h30, je me trouvais dans la salle à manger de l'établissement. Tout à coup, j'ai remarqué une odeur anormale. J'ai eu l'impression qu'elle provenait de l'appareil de chauffage, mais après vérification j'ai vu que ce n'était pas exact. J'ai ouvert la porte du couloir et me suis trouvé en présence d'une épaisse fumée. Croyant qu'il s'agissait d'un court circuit dans l'estaminet, j'y suis allé. Là, je n'ai rien vu d'anormal. Revenant sur mes pas, j'ai entendu avant de m'engager dans le couloir, une forte explosion. Immédiatement, je me suis dirigé vers la sortie et suis allé dans la rue où je n'ai vu aucune personne.
Au moment des faits, une dizaine de soldats se trouvait dans la maison".
Un témoin :
"Le 20 février 1943, vers 22h30, je me trouvais rue des Capucins à hauteur de la rue de Keriavily. En passant à cet endroit, j'ai entendu, provenant du n°12 de la dite rue, un morceau de musique de Tino Rossi. Je me suis arrêté un instant, mais, tout à coup, j'ai entendu une forte explosion. Il m'a semblé qu'elle s'était produite dans la maison de tolérance. J'ai eu peur et suis parti en direction de Saint-Nicolas.
Pendant mon arrêt, rue des Capucins, je n'ai vu qui que ce soit sortir de la maison de tolérance ni rôder aux alentours.".
Résumé du rapport de l'Inspecteur de Police de Sûreté.
L'engin explosif a été placé dans le couloir d'entrée, contre le mur, à 25 cm de l'angle droit de la deuxième porte. La bombe a provoqué dans le sol recouvert de mosaïque, une excavation de 20 cm de diamètre sur 5 cm de profondeur. Par l'explosion le plâtre du plafond du couloir s'est effondré, seize carreaux ont été brisés, l'installation électrique a souffert ainsi que la deuxième porte d'entrée et la porte de WC, on relève des traces d'éclats notamment sur le mur gauche côté ou est installé la salle servant d'estaminet.
Nous nous sommes rendus à la feldgendarmerie de Lannion où nous avons examiné les débris de la bombe qui avaient été saisis, et constatons que l'engin explosif était constitué par une enveloppe métallique de 2 à 3 mm d'épaisseur et qui paraissait identique à certains engins ayant servi à perpétrer des attentats dans les régions de Nantes et de Quimper. Aucune mèche ou cordon bickford ne nous a été présenté. La nature de l'explosif n'a pas été déterminée".
Des perquisitions au domicile de 3 individus signalés comme suspects et anciens sympathisants communistes ont été effectuées aux domiciles de :
-1- Louis Poisson, 42 ans,
-2- Eugène Ollivier, 43 ans,
-3- Gustave Marzin, 30 ans.
Ces perquisitions n'ont rien donné.
Dans la nuit du 16 au 17 février, une dizaine de tracts (1) écrits à la main ont été collés sur divers immeubles de la ville de Lannion.
Ces tracts portaient les inscriptions suivantes :
-1- Honneur à l'Armée Rouge qui a frappé à mort la brute germanique.
-2- Vive l'Armée Rouge, vive le peuple Russe. Vive leur grand chef Staline.
-3- Vive les rouges qui ont sauvé le peuple russe de la peste germanique.
Un autre attentat eu lieu à Lannion le 27 décembre 1942, la vitrine du bureau d’embauche allemand quai de L'Aiguillon fut détruite.
(1) Ces tracts faisaient suite à la défaite des armées nazies à Stalingrad par l'Armée Soviétique le 2 février 1943.